« L’EDD est incontournable »
21.08.2026

Cover studio21 Folge3

 
Depuis deux mois, Lucia Winkler dirige éducation21. Dans cet entretien, elle nous explique ce qui l’a surprise dans ses nouvelles fonctions, quelle conception du leadership elle apporte et pourquoi l’éducation doit donner aux jeunes les moyens de faire face à un monde complexe.

Lucia, tu es en poste depuis deux mois, qu’est-ce qui t’a le plus surprise pendant cette période ? 

Ce qui m’a surprise, c’est la richesse et la complexité de l’EDD. Le nombre de thèmes et de perspectives qui s’y recoupent. J’ai également été très impressionnée par le haut niveau d’expertise et l’engagement des collaborateurs d’éducation21. Ces dernières semaines notamment, j’ai aussi constaté à quel point nos parties prenantes sont diverses : des offices fédéraux aux cantons, en passant par les hautes écoles pédagogiques et les associations, jusqu’aux écoles et aux enseignant.e.s. Il y a là un concentré d’attentes très diverses ; y répondre n’est pas simple, mais cela rend la tâche d’autant plus passionnante. 

Et qu’est-ce qui te réjouit le plus dans ton nouveau rôle ? 

Ce qui me motive et ce dont je me réjouis particulièrement, c’est de contribuer activement à façonner l’avenir et le développement d’éducation21. Je trouve passionnant de concilier les différentes perspectives que je viens de mentionner, de faire le lien entre les divers intérêts et de rechercher ensemble de bonnes solutions. 

« Ce qui me motive, c’est de contribuer activement
à façonner l’avenir et le développement d’éducation21. »

Dans ton rôle, le leadership est essentiel. Quelle est ta conception du leadership ?

En matière de leadership, j’accorde de l’importance à une communication ouverte, à la confiance, à la clarté et à l’engagement. Je souhaite assumer des responsabilités, rendre mes décisions compréhensibles pour les collaboratrices et collaborateurs, et je veux montrer par l’exemple ce que j’attends d’eux. Pour moi, il est également important de prendre en compte le point de vue des collaboratrices et collaborateurs, de le prendre au sérieux et de m’appuyer sur leurs points forts, afin qu’ils puissent eux-mêmes assumer des responsabilités et mettre pleinement à profit leurs compétences. 

Que répondraient tes anciens collègues du Village d’enfants Pestalozzi à la question : « Qu’est-ce qui caractérise Lucia Winkler ? » 

(rires) Mes collègues diraient que je garde mon calme même quand une tempête fait rage autour de moi. Et que j’aime travailler de manière structurée, garder une bonne vue d’ensemble des situations complexes… et que l’humour est très important pour moi. 

Tu as travaillé au Village d’enfants Pestalozzi en tant que responsable des programmes pour l’Afrique de l’Est et directrice adjointe des programmes nationaux et internationaux, et tu as également été en charge de projets scolaires. Quelle expérience retiens-tu de cette période ?

Je retiens avant tout que l’éducation ne peut et ne doit pas être considérée de manière isolée, mais comme un système complexe. J’ai appris à me mettre à la place de différentes personnes et à faire le lien entre les différents acteurs. C’était en partie aussi une sorte de travail de traduction, par exemple entre les attentes et les exigences du siège et celles des équipes sur le terrain en Afrique de l’Est. J’ai également dû faire le lien entre des expert.e.s, comme un architecte qui souhaitait construire des écoles pour nous, et les organisations partenaires locales, mais aussi entre les besoins des écoles et les autorités à différents niveaux. Cette expérience m’aide encore aujourd’hui à comprendre différents points de vue, à les concilier et à élaborer ensemble de bonnes solutions. 

« Je retiens avant tout que l’éducation ne peut et ne doit pas être considérée
de manière isolée, mais comme un système complexe. »

Étais-tu plutôt sur place dans les écoles ou as-tu géré les opérations depuis la Suisse ?

J’avais une équipe sur place et j’ai travaillé en étroite collaboration avec elle depuis la Suisse. Mais j’étais aussi souvent sur place, je me rendais sur les chantiers. Avant la pandémie de Covid, cela représentait trois à quatre mois par an, puis un peu moins par la suite. Il y avait toutefois toujours de nombreuses discussions, réunions et négociations sur place.

Revenons au sujet qui t’occupe aujourd’hui : l’éducation en vue d’un développement durable (EDD). Pourquoi l’EDD doit-elle être abordée à l’école ? 

L’éducation ne doit pas seulement préparer les jeunes à leur prochain examen, mais aussi à une vie dans un monde complexe. Que ce soit dans leur formation, leur vie professionnelle ou simplement en tant que membres de la société, ils seront sans cesse confrontés à des questions pour lesquelles il n’existe pas de réponse simple, et souvent pas une seule bonne réponse. L’EDD renforce précisément les compétences dont ils ont besoin pour faire face à ces questions et à un monde complexe : identifier les liens, adopter différentes perspectives, examiner les informations d’un œil critique, remettre en question leur propre position. 

« L’EDD renforce précisément ces compétences : identifier les liens, adopter
différentes perspectives, examiner les informations d’un œil critique,
remettre en question leur propre position. » 

Nous vivons une période de changement ; des crises et des défis complexes tels que le changement climatique, la numérisation, l’IA et la polarisation préoccupent les jeunes et constituent également un défi pour les enseignant.e.s en classe. Comment éducation21 peut-elle les soutenir dans ce domaine ? 

Nous traitons précisément ces thèmes de telle façon que les enseignant.e.s peuvent les aborder en classe sans trop d’efforts. Notre catalogue propose des ressources pédagogiques, des films et des exemples de pratiques dont la qualité a été contrôlée. Cela garantit qu’il n’y a plus d'approches unilatérales, ni de lobbying, ni d’instrumentalisation politique de l’enseignement.  

éducation21 gère également des réseaux au niveau national, d’une part avec des intervenant.e.s externes, mais aussi le Réseau d’écoles21, qui regroupe environ 2 000 écoles. Quelle impression as-tu du Réseau d’écoles21 et quelles sont ses activités actuelles ?

Le Réseau d’écoles21 est un réseau qui évolue en permanence et qui se développe de manière dynamique. Les écoles membres se soutiennent mutuellement dans leur démarche. Elles visent à devenir des établissements en faveur de la promotion de la santé et durables, en partageant leurs connaissances et leurs expériences. L’échange avec d’autres directions d’établissement et les enseignant.e.s est, à mon sens, très important et renforce notamment les directions d’établissement dans leur travail. Nos événements annuels organisés par région linguistique – l’Impulstagung, la Journée d’étude et la Giornata ESS – constituent à cet égard des plateformes très importantes. 

Parallèlement, en collaboration avec les cantons, nous proposons, aux écoles conseil et accompagnement. Les coordinatrices et coordinateurs cantonaux du Réseau d’écoles21 jouent ici un rôle clé pour nous. Elles et ils entretiennent un contact direct avec les écoles, notamment par le biais d’événements de réseau cantonaux, auxquels nous participons volontiers pour apporter notre expertise en matière d’EDD et favoriser les synergies. 

La Journée de la formation dans le canton de Schwyz est un exemple récent de collaboration avec les cantons. Nous étions présents avec huit ateliers et une réunion de réseau dans le canton de Saint-Gall pour toute la région de Suisse orientale.

« En collaboration avec les cantons, nous proposons aux écoles conseil et accompagnement. »

Passons maintenant à notre « tour rapide » : je te donne deux mots-clés, et tu dois en choisir un. 

Café ou thé ? 
Ouh là… Café. Mais en hiver, j’aime bien le thé aussi. 

Film ou série ? 
Sans hésiter, film. J’adore aussi aller au cinéma. 

Lève-tôt ou noctambule ? 
Lève-tôt, sans aucun doute. J’aime profiter du temps le matin, surtout en ce moment où il fait si chaud. 

Réunion ou discussion en se promenant ? 
Une discussion en se promenant, ça a l’air passionnant ! Mais dans le quotidien au travail, on finit quand même le plus souvent par une réunion. 

Écouter ou animer ? 
Animer. 

Structure ou spontanéité ? 
Hummm, je suis déjà très structurée, donc la structure.

Ville ou nature ? 
Les deux. J’adore la vie trépidante de la ville. Mais j’ai besoin de la nature, surtout des montagnes, pour me ressourcer rapidement et efficacement et faire le plein d’énergie en randonnant. 

Livre ou podcast ? 
Podcast. J’aimerais lire davantage, mais je dois déjà lire tellement au travail que je trouve les podcasts une bonne alternative.

Planifier ou expérimenter ? 
Planifier. 

Réfléchir seul ou développer ensemble ? 
Les deux. Il faut des moments où l’on développe quelque chose seul, mais où l’on cherche ensuite l’échange avec les autres pour continuer à le développer ensemble. 

Un mot pour l’EDD ? 
Incountournable. 

« Les jeunes ont besoin de connaissances, de possibilités de réflexion et d’espaces
où ils peuvent débattre de questions controversées. »

Pour finir, une dernière question : qu’est-ce qui te donne de l’espoir quand tu penses à l’éducation et à la durabilité ? 

Cela me donne de l’espoir de voir que de nombreux jeunes savent ce qui est en jeu. Nous avons récemment suivi une formation interne sur une étude de la Haute école fédérale de formation professionnelle. Les résultats montrent que les apprenti.e.s interrogé.e.s dans le cadre de la formation professionnelle sont tout à fait conscient.e.s de la crise écologique et s’interrogent sur ses causes. Ce qui est intéressant, c’est qu’ils y réagissent de différentes manières. D’un côté par l’engagement, mais de l’autre aussi par la distanciation et les réserves. L’étude montre toutefois que la prise de conscience seule ne suffit pas : les jeunes ont besoin de connaissances, de possibilités de réflexion et d’espaces où ils peuvent débattre de questions controversées. Il est également important que la durabilité ne soit pas uniquement perçue comme une responsabilité individuelle : les jeunes doivent aussi constater que le changement est possible collectivement. Que ce soit au sein d’une entreprise, d’un secteur d’activité, d’une commune ou à travers un engagement politico-social. La dimension collective est un levier très important qu’ils doivent apprendre à maîtriser. C’est précisément ces espaces de discussion sur des questions controversées qu’éducation21 souhaite créer.

Lien Podcast

« L’EDD est incontournable »   audio

(podcast en suisse-allemand, texte ci-contre en français)